Extraits (ou 4e de couverture)

L'OPPOSANTE DE LA PRESQU'ILE (Domens 2020)

 

Dimanche, la France a déclaré la guerre au Mali. Je suis morte ce dimanche.

Vendredi vous célébrez mes funérailles à l’église, samedi vous brûlez mon corps au funérarium, puis vous revenez au port, vous déposez mes cendres au cimetière, à côté de celles de votre père, quelle idée ! C’est bien loin que j’aurais dû reposer, bien loin d’ici, ailleurs, dans un pays étranger, mais je n’ai pas eu le courage de vous avouer, je ne vous ai rien dit, jusqu’à la fin je n’ai rien dit, me le suis imposée, faut bien, jusqu’au dernier souffle, j’ai tenu le coup.

La mort n’est rien, je veux que vous le sachiez, je suis seulement passée dans la pièce d’à côté, vous pouvez venir me voir quand vous voulez, mes chers enfants, et surtout, ne dites pas, comme Dieu le Père, je suis venu vous voir mais vous n’étiez pas chez vous !  À présent, je suis chez moi, je suis moi, enfin ! Continuez à me parler normalement, à fêter Noël avec moi, et mes anniversaires, et la Toussaint, mais pas ici, partout où vous voudrez, mais pas ici ! Ici l'océan se fout des humains, le temps des naissances et des morts ne l'intéresse pas, que nos mots existent ne l'intéresse pas. Vous serez avec moi à Paris, en Normandie, dans le Sud, au Canada, dans les Îles, où vous voudrez, faut bien, mais pas dans ce cimetière où je repose à côté de lui !

La mort n'est rien, je suis seulement passée dans la pièce d’à côté, priez pour moi, vous ne me voyez plus mais je suis dans vos pensées, vous ne m’entendez plus mais écoutez le vent, écoutez le paysage, je suis là, partout je suis là, faut bien, vous vous êtes tellement promenés en pensant à moi, je suis le paquebot blanc qui luit à l’horizon, je suis les voiliers qui gonflent leurs voiles par grand vent, je suis de tous les côtés de l’horizon courbe, je suis dans le paysage où vous étiez petits, je n’ai jamais eu le courage de vous dire que je vous aimais, je suis une femme dure, je le sais, faut bien, mais vous êtes devenus de bons enfants, et je suis fière de vous.

L'ENCERCLEUR (Entretemps 2009)

"L'HOMME EN COMBINAISON NOIRE - Préparez-vous pour affronter la zone. Il pleuvra, il fera froid, mettez vos pulls et imperméables. Mieux vaut avancer pieds nus. Certains endroits seront accessibles, d’autres inaccessibles, et il faudra accepter d’avoir perdu un visage, d’avoir vu recrépir ou abattre un mur, disparaître une odeur. Vous ne pourrez pas faire marche arrière. Vous emprunterez des passages inconnus, vous comprendrez que ce que vous croyez être votre imaginaire est le réservoir de votre mémoire, que partout à l’oeuvre elle accomplit des croisements,

elle suit des raccourcis, elle accomplit des ruptures. Vous ne serez même plus capable de mesurer votre degré de porosité. Vous ne saurez plus qui vous êtes : une éponge. Vous croirez être dans le passé et c’est l’actuel qui s’imposera à vous. Le temps aura perdu toute consistance et vous tomberez dans des trous. Laissez-vous traverser par eux. Vous croirez repérer un territoire et vous visiterez un non-lieu. Vous-même n’êtes plus habités que d’impalpable. Le pire est ce qui est resté accessible : vous ne saurez comment habiter ce qui de tout temps fait partie de vous."

LA MATRICE 1. LE TEMPS DES MUSONS (Domens 2010)

« LOGOSYNE.- J’ai vécu Manhattan quand les tours sont tombées. Les gens fuient. La poussière a pris possession de la ville, les rues sont blanches et jonchées de papiers, de feuilles de papier. Les matières se décomposent, des fragments d’acier volent dans l’air, une aile d’avion est tombée, les gens fuient devant une boule noire qui roule au sol pour les dévorer, la boule envahit tout, elle est sans forme, elle se coule dans les rues, entre les immeubles, sur les places, dans les appartements, c’est la fin, l’opacité gagne du terrain, la fumée dévoile le métal fondu et la chair grillée, par-delà l’océan, jusqu’en Europe, par-delà les rues, les cris sont moins forts que le silence, un pompier demande si on a encore des gants, des troupeaux humains migrent vers la 39e avenue, on suffoque, les blessés ne veulent pas être filmés, les rescapés ne veulent pas parler. Les feuilles de papier, je les ai ramassées et j’ai écrit ces mots dessus."

MANUEL DE L'AMOUR MODERNE (Domens 2012)

"DOCTEUR VIR- Je représente ici devant vous l’Empire... pardon la République  .... et le corps médical. Par votre mariage, vous nous indiquerez la voie, la bonne voie. Après des siècles d’empirisme et d’obscurantisme, nous avons décidé de réintroduire l’amour dans le mariage, seul socle possible de notre civilisation. Vous êtes nos pionniers. Nous  avons conçu pour vous tous, futurs jeunes mariés, un manuel de l’Amour moderne : règles, accords, conjugaisons, plus rien ne doit vous échapper.  Le manuel de l’amour moderne du Docteur VIR. En latin, « vir » veut dire ... ? Force, énergie.  Bien. En français, cela donne « viril ». Voici la nouvelle version revue et augmentée, bientôt en bonne place dans toutes les bibliothèques... ou sur tous les buffets. Offert à tous les jeunes couples par tous les maires de France, dans chaque ville, dans chaque village, même le plus reculé. Un par futur ménage. Celui-ci est à vous. Vous pouvez le feuilleter."

LES DEVENANTS (Domens 2015)

"LA GRAND-MÈRE.— Un jour je ne reparaîtrai pas la paix sera venue sur moi comme un fleuve qui irait dans un pays et qui se serait détourné vers un autre à cause de la rupture d'une route la paix entrera en moi malgré moi elle rugira elle grondera son grondement sera farouche comme la mer et pourtant elle sera tranquille on croira qu’elle vient ravager la terre mais elle viendra remplir l’espace d’un lit qui vient de s’ouvrir la paix prendra possession de moi enfin alors je glisserai dans la mer je lui appartiendrai j’y disparaîtrai il n’y aura plus de mer plus de terre plus de rives plus rien n’existera voici à peu près ce qui se passera."

L'OPPOSANTE (Domens 2015)

"Je suis morte ce dimanche, on est vendredi, vous venez de quitter l'église et je suis loin déjà. Vous descendez tous à pied vers ma maison Phénix, je suis dans l'hélicoptère qui vous survole, l'hélicoptère fait un vacarme effroyable, vous ne le remarquez même pas, vous marchez vêtus de noir sur la route ensoleillée du quartier et je vous survole, je vous fais un dernier coucou, l'hélicoptère va vite, il m'emporte dans le ciel, il m'emporte pour des paysages inconnus, vers ma nouvelle vie dont vous ne serez pas, je m'envole avec mes secrets".

# opus 2
La Baignoire, lieu des écritures contemporaines, Montpellier, 2017
Serial flowers # Opus 2
Cave Poésie, Toulouse, 2018
en coulisses # Opus 2
La Baignoire, lieu des écritures contemporaines, Montpellier, 2017
Les dunes # Opus 2
La Baignoire, lieu des écritures contemporaines, Montpellier, 2017
# Opus 2
Festival d'Avignon, salle Roquille, 2016
Pen'had # Opus 2
La Baignoire, lieu des écritures contemporaines, Montpellier, 2017
# Opus 1
Le Ring, Toulouse, 2015
# Opus 1
Le Ring, Toulouse, 2015
# Opus 1
Le Ring, Toulouse, 2015
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